Procédure d'installation d'Archlinux mise à jour et modernisée
linux devops luks2 btrfs systemd efi ssd

Cet article est une mise à jour et une modernisation de la procédure d’installation Archlinux écrite 4 ans plus tôt.

Ce n’est pas un poission d’avril ! En cherchant des références pour un projet personnel, je suis tombé sur un forum qui parlait de mon tutoriel, et ils disaient qu’il n'était plus à jour. Donc je le mets à jour ^^

Changelog :

Préparation de l’image

L’image d’installation est une image ISO, qui peut être simplement gravée sur un CD, ou sur une clé USB.

La procédure est documentée ici.

Démarrage

Vous venez de créer le média d’installation. Vous pouvez à présent démarrer la procédure. Après quelques secondes, vous devez attérir sur une console :

loadkeys fr             # active le clavier français
setfont Lat2-Terminus16 # change la police d'affichage pour la console

Tout effacer

Afin de mettre en place un volume chiffré, il faut commencer par effacer le disque en entier.

Petite astuce pour aller plus vite, la lecture de /dev/urandom est trop lente ce qui aurait pour effet de ralentir la procédure, donc pour accélerer les choses je vous propose d’utiliser LUKS.

cryptsetup open --type plain -d /dev/urandom /dev/nvme0n1 luksifer
# Cela va ouvrir la partion en mode "plain" dm-crypt avec un secret aléatoirement
# généré
ddrescue -w /dev/zero /dev/mapper/luksifer
# Va écrire des "zéros" qui seront chiffrés puis écrits sur le disque

Cette opération prends 10-12 minutes sur un SSD de 256Go.

Préparation du disque

J’ai choisi d’utiliser le mode de démarrage EFI, pour cela il faut créer une partition sur le disque nommée ESP, cette partition contient les informations de démarrage.

TypeNomTailleMountPointDescription
EFI [ef00]BOOT500Mo/bootContiendra le noyau et les paramètres du bootloader
Linux [8300]luksifer+100%FreeVolume chiffré avec LUKS
$ gdisk /dev/nvme0n1
  n               # Créer une partition
  <enter>         # ID de la partition [1]
  <enter>         # Secteur de début [2048]
  +500M           # 500M pour la partition /boot
  ef00            # Type de partition EFI Boot [ef00]
  n               # Créer une partition
  <enter>         # Id de la partition [2]
  <enter>         # Secteur de début, calculé à partir de la partition précédente
  <enter>         # Secteur de fin, fin du disque par défaut
  <enter>         # Type de partition Linux Filesystem [8300] par défaut
  w               # Ecrire la table des partitions
$ ls /dev/mvme0n1*
/dev/nvme0n1p1 /dev/nvme0n1p2

Si vous avez un message d’erreur concernant la table des partitions et le noyau je vous conseille de redémarrer la machine.

Nous venons de créer 2 partitions sur le disque /dev/nvme0n1. Il faut formatter la partition ESP en FAT32, pour être compatible avec le “standard” UEFI.

mkfs.vfat -F32 -n BOOT /dev/nvme0n1p1

La seconde partition contiendra le volume chiffré LUKS.

Chiffrement

Le chiffrement du disque est géré par LUKS 2.0, qui met en place un proxy à l'écriture et à la lecture au travers d’un périphérique “mappé” via device-mapper.

cryptsetup luksFormat \
  --align-payload 8192 \
  --type luks2 \
  --pbkdf argon2id \
  --iter-time 5000 \
  --verify-passphrase /dev/nvme0n1p2
ParamètreValeurDescription
align-payload8192Utilise un alignement adapté aux SSD
typeluks2Utilise la version 2.0 de LUKS
pbkdfargon2idAlgorithme utilisé pour la dérivation de clé de chiffrement à partir de la passphrase.
iter-time5000Nombre de millisecondes allouées pour la vérification du mot de passe.
verify-passphraseActive la vérification de passphrase, vous devez la saisir 2 fois.

Sauvegarder l’entête LUKS en cas de problème

Création d’un point de montage ephémaire et uniquement accessible par la machine

mkdir /root/tmp
mount ramfs /root/tmp -t ramfs

Sauvegarde de l’entête complète LUKS

# Création de la sauvegarde des entêtes
cryptsetup luksHeaderBackup /dev/nvme0n1p2 --header-backup-file /root/tmp/luksifer_header.img
gpg2  --recipient <user-id> --encrypt /root/tmp/luksifer_header.img

# Déplacer la sauvegarde vers un stockage de sauvegarde
cp /root/tmp/luksifer_header.img.gpg /mnt/<backup>/

Désactiver le volume temporaire

umount /root/tmp

Activation du volume chiffré

Il faut maintenant ouvrir le volume chiffré.

cryptsetup luksOpen --allow-discards /dev/nvme0n1p2 luksifer

Le disque “virtuel” est accessible depuis /dev/mapper/luksifer. Ce disque correspond au périphérique chiffré.

Préparation des systèmes de fichiers

TypeNomTailleMountPointDescription
swapswap32Go-Utilisé comme espace de swap, et pour l’hibernation (>= RAM)
btrfsarchLe resteContiendra les volumes BTRFS

La partition chiffrée est opérationnelle, il reste à préparer le volume LVM.

# Initialize un groupe physique de volume LVM
$ pvcreate --dataalignment 4M /dev/mapper/luksifer

# Initialise un groupe virtuel attaché au groupe physique
$ vgcreate vg /dev/mapper/luksifer

# Initialise une partition de N Go nommée 'swap' dans le volume group 'vg'
$ lvcreate -L <N>G vg -n swap

# Initialise une partition nommée 'arch' dans le volume group 'vg'
$ lvcreate -l +100%FREE vg -n arch

# Affiche les volumes logiques créés
$ lvdisplay

Les volumes LVM sont créés, vous pouvez procéder au formattage.

# Formatte la partition de swap, et ajoute le label 'SWAP'
$ mkswap -L SWAP /dev/mapper/vg-swap

# Formatte la partition root, ajoute le label 'ARCH' et utilise la
# fonction xxHash pour la vérification de données.
$ mkfs.btrfs -KL ARCH --csum xxhash /dev/mapper/vg-arch

--csum peut être remplacé par sha256 ou blake2 pour des fonctions de condensat à valeur cryptographique. Attention à l’impact en performance, sans oublié que l’on est déjà dans un volume LUKS.

Préparation des points de montage

BTRFS est particulier puisqu’il possède les fonctionnalités de LVM2 (gestion des volumes), et c’est aussi un système de fichiers.

opts_btrfs=defaults,noatime,nodiratime,ssd,compress=zstd

L’option discard n’est pas ajoutée à la liste car la fonctionnalité sera gérée par un processus périodique. Le discard continue a des conséquences sur la performance générale et la sécurité.

Préparation des volumes BTRFS

J’ai choisi de créer des sous-volumes pour pouvoir faire des instantanés de sauvegarde plus précis et pouvoir gérer plus facilement les différents cas d’utilisation de chaque point de montage.

mount -o $opts_btrfs /dev/mapper/vg-arch /mnt

Création des volumes BTRFS :

cd /mnt

# Volume racine
btrfs subvolume create @

# Volume pour les utilisateurs
btrfs subvolume create @/home

# Volume pour les données "variables" (VMs / Conteneurs / Base de données)
btrfs subvolume create @/var

# Sous-volume pour les journaux d'activités
btrfs subvolume create @/var/log

# Sous-volume dédié à pacman
mkdir -p @/var/cache/pacman
btrfs subvolume create @/var/cache/pacman/pkg

Désactiver le copy-on-write sur le volume var car cette option n’est pas recommandée pour des fichiers volumineux.

chattr +C /mnt/@/var

Préparation du système de fichiers avant installation

On désactive les montages attachés sur /mnt

cd /
unmount -R /mnt

On active tous les volumes sur le système de fichiers.

mount -o $opts_btrfs,subvol=@ /dev/mapper/vg-arch /mnt
mount -o $opts_btrfs,subvol=@/home /dev/mapper/vg-arch /mnt/home
mount -o $opts_btrfs,subvol=@/var /dev/mapper/vg-arch /mnt/var
mount -o $opts_btrfs,subvol=@/var/log /dev/mapper/vg-arch /mnt/var/log
mount -o $opts_btrfs,subvol=@/var/cache/pacman/pkg /mnt/var/cache/pacman/pkg
mkdir /mnt/boot
mount /dev/nvme0n1p1 /mnt/boot
swapon /dev/mapper/vg-swap

Installation du système minimal

Vous pouvez à présent démarrer l’installation du système minimal.

$ pacstrap /mnt base base-devel \
                lvm2 btrfs-progs \
                sudo \
                net-tools wireless_tools dialog wpa_supplicant \
                vim

Les partitions sont montées comme sur votre système final. Vous pouvez utiliser genfstab qui va générer votre plan de montage.

genfstab -U -p /mnt >> /mnt/etc/fstab

Configuration initiale

Attention ne soyez pas trop pressés de rebooter sur votre nouvel environement, au risque de vous retrouver bloqué devant la porte !

Vous devez rentrer dans l’environnement fraîchement installé

arch-chroot /mnt /bin/bash

A partir de ce point vous êtes dans votre nouveau système comme si vous veniez de redémarrer.

Il faut configurer le clavier :

cat << EOF > /etc/vconsole.conf
KEYMAP=fr
FONT=Lat2-Terminus16
EOF

Les languages supportés par votre système :

cat << EOF > /etc/locale.gen
en_US.UTF-8
fr_FR.UTF-8
EOF

# Génère les locales
$ locale-gen

# Assigne la locale utilisée par défaut
$ echo "LANG=fr_FR.UTF-8" >> /etc/locale.conf

Définissez LANG à en_US.UTF-8 si vous souhaitez un système en anglais.

Activation du ntp pour le réglage de l’heure :

# Assigne le fuseau horaire
timedatectl set-timezone Europe/Paris

# Active la synchronisation par serveur NTP
timedatectl set-ntp true

Changer le nom de la machine :

echo "monarch" > /etc/hostname

Donner l’ip locale à votre machine :

$ cat << EOF > /etc/hosts
127.0.0.1 localhost
::1 localhost
127.0.1.1 monarch.local monarch
EOF

Changer le mot de passe root :

passwd

Préparation du support de sudo:

$ vi /etc/sudoers
# Décommenter cette ligne
# Tous les membres du groupe wheel peuvent passer root via sudo
%wheel ALL=(ALL) ALL

Créer un utilisateur quotidien :

pacman -S zsh
useradd -g users -G wheel -m -s /bin/zsh zenithar
passwd zenithar

Configuration initiale du réseau

J’utilise systemd-networkd car ma machine est un réseau filaire, le but surtout c’est de ne pas vous retrouver avec un système démarré mais sans réseau.

# Création du descripteur
cat << EOF > /etc/systemd/network/20-wired.network
[Match]
Name=enp0s3

[Network]
DHCP=ipv4
EOF

# Activation des services
systemctl enable systemd-networkd.service
systemctl enable systemd-resolved.service

C’est pas fini !

Noyau initial

Il faut préparer votre noyau, alors pas de recompilation mais simplement de la configuration.

# Installation de l'utilitaire de génération d'image, le noyau linux ainsi que
# les firmwares
pacman -S mkinitcpio linux linux-firmware

Editer la configuration de l’image de démarrage pour inclure les modules de gestion :

$ vim /etc/mkinitcpio.conf
BINARIES=(btrfsck)

Pour l’utilisation classique à base d’init

HOOKS=(base udev autodetect keyboard keymap consolefont modconf block encrypt lvm2 btrfs resume filesystems fsck)

Pour une utilisation de systemd dans l’initramfs

HOOKS=(base systemd autodetect keyboard sd-vconsole modconf block sd-encrypt sd-lvm2 fsck filesystems)

Générer l’image d’initialisation

mkinitcpio -p linux

Pour plus d’informations, le descriptif des hooks est disponible ici.

Gestion du SSD

Exécution périodique du TRIM

pacman -S hdparm util-linux
systemctl enable fstrim.timer

Pour réduire les écritures sur la partition de SWAP, le système commencera à utiliser la swap à partir de 90% d’utilisation de la RAM.

echo "vm.swappiness=10" >> /etc/sysctl.d/99-sysctl.conf

Chargeur de démarrage

J’ai choisi d’utiliser systemd-boot comme chargeur de démarrage. Je sais que Grub est un des chargeurs standards, mais j’ai beaucoup de mal avec Grub dans le sens où il offre un ensemble pléthorique de fonctionnalités ce qui rend sa configuration illisible. Pour faire simple, il fait plein de choses que je n’utilise jamais, je préfère un outil plus simple.

Libre à vous d’utiliser un autre chargeur.

bootctl --esp=/boot install

Configuration générale du chargeur

cat << EOF > /boot/loader/loader.conf
default arch.conf
editor no
timeout 4
console-mode max
EOF

En fonction du fabriquant de votre processeur, veillez à installer le microcode correspondant. C’est un outil qui va mettre à jour le microcode interne de votre CPU afin d’apporter des correctifs en stabilitié mais aussi en sécurité.

# Intel
pacman -S intel-ucode
# AMD
pacman -S amd-ucode

Récupérez le champs UUID= de la partition LUKS

blkid | grep /dev/nvme0n1p2

Configuration d’une entrée du menu de démarrage.

/boot/loader/entries/arch.conf

title Arch Linux
linux /vmlinuz-linux
initrd <cpu>-ucode.img
initrd /initramfs-linux.img

Choisissez une série d’option en fonction de la configuration mkinitcpio que vous avez selectionée

# classic
options cryptdevice=UUID=<UUID>:vg:allow-discards root=/dev/mapper/vg-arch rootflags=subvol=@ rw
# systemd
options rd.luks.uuid=<UUID> rd.luks.options=discard root=/dev/mapper/vg-arch rootflags=subvol=@ rw

Fin d’installation

Il suffit de tout préparer pour le redémarrage :

exit
cd
umount -R /mnt                  # Démontage des volumes BTRFS / BOOT / ROOT
swapoff /dev/mapper/vg-swap     # Démontage du swap
cryptsetup luksClose luksifer   # Démontage du volume LUKS
reboot                          # Let's go !

Voilà, normalement, tout est bon pour l’installation du système de base. Si ce n’est pas le cas, vous devez démarrer sur la clé USB / CD qui vous avez utilisé pour l’installation.

loadkeys fr
cryptsetup luksOpen /dev/nvme0n1 luksifer
opts=defaults,noatime,nodiratime,ssd,compress=zstd
mount -o $opts,subvol=@ /dev/mapper/vg-arch /mnt
mount -o $opts,subvol=@/home /dev/mapper/vg-arch /mnt/home
mount -o $opts,subvol=@/var /dev/mapper/vg-arch /mnt/var
mount -o $opts,subvol=@/var/log /dev/mapper/vg-arch /mnt/var/log
mount -o $opts,subvol=@/var/cache/pacman/pkg /dev/mapper/vg-arch /mnt/var/cache/pacman/pkg
mount /dev/nvme0n1p1 /mnt/boot
swapon /dev/mapper/vg-swap
arch-chroot /mnt

Cette séquence vous permettra de remonter les volumes, et de rentrer dans le système installé si celui-ci ne boot pas …

Si cela démarre, vous devriez voir un shell console attendant votre utilisateur. Ce guide d’installation se termine sur cette étape, cela ne rend pas fonctionnelle sur le plan utilisateur votre installation, mais cela correspond à une version serveur.

N’oubliez pas de faire un instantané avant de commencer l’installation de votre environnement complet avec snapper. Le partitionnement est compatible, et cel vous permettra de revenir en arrière sans pour autant repartir sur une réinstallation complète.

Merci d’avoir lu ce tutoriel, et bonne utilisation d’Archlinux.

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